Mesdames et Messieurs les députés,
Vous m’avez fait l’honneur, ce soir, de m’élire à la présidence de notre Grand Conseil. Je vous en remercie et m’engage à trouver, durant les 13 prochains mois, une unanimité qui fera de votre président un rassembleur au-dessus de la mêlée politique, dirigeant les débats avec l’impartialité et la neutralité les plus grandes possibles.
En préambule, j’ai une pensée émue pour mes parents, mes amis et proches qui, ces dernières semaines en particulier, m’ont apporté beaucoup par leur soutien, leurs critiques et leur appui.
Vous avez élu un fribourgeois, qui maintenant a passé la majorité de son existence à Genève, mais qui sait et reconnaît avec émotion ce que cette origine lui a apporté quant à sa formation et à sa culture. Clin d’œil peut-être aussi au traité de combourgeoisie signé avec ce canton au XVIème siècle, et dont l’écusson fixé au plafond de la Salle des Pas Perdus rappelle l’existence.
Les Fribourgeois sont nombreux ici, comme les représentants d’autres communautés plus lointaines, qui ont fait et font encore la richesse économique et culturelle de ce canton et qui ont façonné l’Esprit de Genève, cet esprit d’accueil et d’ouverture.
Notre canton se trouve, en ce début d’année, face à de nombreux défis auxquels notre Grand Conseil se devra de réagir avec célérité et efficacité: budget 2016, préparation du budget 2017, comptes 2015, réforme de l’imposition des entreprises, modifications finales – dans les temps impartis – de notre législation en relation avec notre nouvelle constitution, réformes des structures de l’Etat et de sa fonction publique, problèmes dus aux migrations récentes, ouverture au Grand Genève et à ses régions voisines…et je passe sur les quelques 141 points de notre ordre du jour. Petit clin d’œil à nos collègues vaudois qui, eux, ont pu s’abstenir de siéger pendant deux sessions faute de points à traiter…
Qui plus est, notre dette atteint un montant considérable, représentant en pourcentage de notre PIB le double de celle de la Confédération. Même si notre pays ressent plus tard que ses voisins les effets de la crise, comme notre canton, les résultats 2015 de nombreux secteurs de notre économie montrent des baisses de 10 à 15 %, dont l’effet sur les recettes futures aura un impact considérable. Toutefois, l’augmentation en 2015 de la masse salariale de 3.8% donne malgré tout des signes encourageants.
Nous avons su attirer de nombreuses entreprises et réussir le virage de notre désindustrialisation. Nous avons su créer un climat social stable, des institutions solides, une image de marque internationale et un site incomparable. Nous avons pu nous offrir une qualité de vie enviable. Nous avons donné envie à une main d’œuvre qualifiée et à des institutions universitaires de renom d’être genevoises. Nous avons su constituer une offre culturelle variée.
Dans ces domaines toutefois, rien n’est jamais inné ni acquis, et c’est un combat quotidien que de maintenir cette attractivité.
Dans ce cadre, le bon fonctionnement de nos institutions et de notre démocratie est un élément essentiel de réussite, mais à condition qu’il aboutisse à des consensus les plus larges possibles.
Vous me savez attaché au respect de nos institutions, au-delà des personnes qui les représentent, ainsi qu’à la séparation stricte des trois pouvoirs. Quant à notre Conseil, j’apprécie beaucoup l’exhortation qui est lue au début de chacune de nos sessions et je n’aime guère qu’elle soit parfois moquée par certains députés. C’est une injonction qui a son importance puisqu’elle nous rappelle que nous tenons notre pouvoir du peuple, de lui seul, et qu’il nous l’a confié pour gérer au mieux les destinées de la République. Cela doit nous rendre modestes et conscients que ce pouvoir est éphémère.
Le peuple, par son vote, nous a confié ses destinées, mais la population dans son ensemble nous voit, nous regarde, et nous juge. Et ce jugement est parfois sévère, tant le spectacle que nous donnons peut s’avérer, de temps en temps, puéril et peu efficace.
Nous tendons dans cette salle à oublier que la population ne se divise pas entre opinions politiques. Genève a une population diverse, avec des problèmes divers, qui attend que nous y répondions. Les destinées de Genève confiées à ce Grand Conseil ne sont pas de défendre les intérêts des uns contre les autres, mais de trouver une voie commune, de nous assurer que notre Genève soit celle qui permette à chaque jeune de s’y sentir à son aise, à chaque adulte d’y trouver satisfaction et à chaque aîné d’y mener une vie paisible. À défaut de n’avoir toutes les réponses nous-mêmes, nous avons la responsabilité d’écouter les Genevoises et les Genevois, de tout essayer pour que notre population soit une, soit unie, soit forte face aux difficultés que nous vivons ensemble. Être à l’écoute de la population est notre première responsabilité – et nous nous apercevrons que souvent nos divisions ne servent pas l’intérêt général.
Pensez un instant aux classes que nous recevons régulièrement à la tribune, accompagnées de leur enseignant, dans le cadre de leur cours de civisme. Sommes-nous, à tout instant, aux yeux de ces jeunes écoliers, apprentis, collégiens ou universitaires au mieux de nous-mêmes, dignes à leurs yeux des pouvoirs qu’on nous a confiés et – je m’interroge en effet – toujours portés à trouver la meilleure voie pour les destinées de notre République ?
Osons, Mesdames et Messieurs les députés, osons nous remettre en question. Osons pratiquer la théorie du doute et nous demander à chaque occasion si notre activité législative contribue au bien commun ; ou si elle ne sert qu’à saisir au bond une opportunité en relation avec une actualité factuelle, sans lendemain et sans profit pour la population ; et ce juste parce qu’elle a été relatée dans ce qui devient parfois les sources de renseignements les plus citées dans ce Conseil, la Tribune de Genève et GHI…Cela a pour conséquence, trop souvent, des projets de résolutions, de motions ou de lois , sortes de galimatias rédigés à la hâte et souvent inapplicables.
N’ayons pas peur, Mesdames et Messieurs les députés, de chercher des compromis qui soient acceptables par la majorité de ce Conseil et surtout pour la majorité de la population, mais sans tomber dans la compromission qui ne reflèterait pas nos idéaux. Ne restons pas à califourchon sur des certitudes dogmatiques et osons aller vers l’autre, quel que soit son parti et sa culture, afin de trouver des solutions. Au delà du fait que nous aimons faire la nique et donner des leçons à nos voisins et à la Suisse, voire parfois au monde entier, osons l’humilité, le respect et l’ouverture à l’autre.
Je veux contribuer cette année à porter une activité législative qui donne des ambitions à Genève, crée des espoirs et représente le meilleur que notre République puisse produire. Inspirons-nous de l’esprit de Genève, ne nous satisfaisons pas de l’esprit du genevois, déçu, dépité, désinvolte.
Mesdames et Messieurs les députés, s’agissant de la qualité de nos débats, mon ambition n’est pas votre silence, mais des débats qui inspireront les jeunes dans notre tribune, des envolées à la hauteur de la qualité de chacune et chacun d’entre nous. Gardons cette gouaille, cette effronterie, cette impertinence qui nous caractérisent. Mais que dans ce Parlement la grâce remplace l’invective, l’écoute remplace l’ignorance, l’innovation remplace la prolifération ! La gouaille ne veut pas dire l’irrespect, l’effronterie ne signifie pas l’insulte et l’impertinence n’a rien à voir avec l’impolitesse.
Nous avons, dans notre constitution, fixé que l’activité publique se devait d’être pertinente, efficace et efficiente. Voilà qui serait impossible sans celles et ceux qui s’engagent pour notre État. Je souhaite donc en votre nom rendre hommage aux membres de l’administration, dont le travail au service de notre République doit être salué, même si notre Conseil n’a pas toujours été tendre ni juste avec eux. Qui plus est, nous siégerions dans une assemblée sans âme sans les membres du Service du Grand Conseil, dont nous ne saurions sous-estimer l’efficacité, la disponibilité et les compétences.
Mesdames et Messieurs, vous m’avez accordé votre confiance, je vous donne la mienne, et mon enthousiasme, afin que notre travail, avec la collaboration de chacun, participe au bien commun de ce canton et de sa population.
Vive la République, vive Genève, vive la Suisse.